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Retrouvailles inespérées

La démarche allègre et décidée, le regard pétillant et déterminé, le goût de vivre, c’est ainsi que s’est transformé Maurice, 63 ans, résident de la maison relais Saint Henri Sainte Nathalie à Lourdes. Transformé, Maurice, grâce aux nouvelles récentes qu’il a reçues de sa fille. 30 ans sans nouvelles, sans savoir où se trouvaient ses enfants ! 30 ans d’errance, de rue, de vie dans des foyers transitoires, 30 ans de vie suspendue, jusqu’à son arrivée dans la maison relais, sa maison où il a pu entreprendre sa reconstruction.

Maurice est arrivé à la maison relais de Lourdes (65) rattachée à la cité la Madeleine, il y a 18 mois maintenant au terme d’un très long parcours d’errance (plus de 30 ans) et quelques passages par les hôpitaux. Lourdes conséquences d’une vie de travail difficile, d’addiction à l’alcool et au tabac, de n’avoir pas de lieu à soi où se reposer. Et pourtant, assène-t-il fièrement, "j’ai toujours travaillé". Mais l’alcool fait des ravages, l’éloigne des autres, l’enferme dans la spirale de la solitude et de l’isolement. Dans son esprit, ce sont toujours les mêmes questions qui le taraudent : "est-ce que mes enfants vont bien, où sont-ils ? Comment pourrais-je faire pour les revoir ou avoir de leurs nouvelles ?"

Un projet de vie en trois points

La priorité lors de son arrivée était de régulariser sa situation administrative (ouverture des droits à la retraite, sécurité sociale, mutuelle, etc). Il a souhaité par ailleurs être mis sous curatelle renforcée, "pour se protéger de lui-même", dit-il aussi. La deuxième priorité consistait à apprendre à prendre soin de lui. D’autant qu’il a subi une laryngectomie il y a 7 ans maintenant et que l’appareillage doit être quotidiennement entretenu. Une orthophoniste est également missionnée pour lui redonner l’envie de communiquer. Et enfin, même si pour Maurice, "c’était l’essentiel", la troisième action est de retrouver ses enfants. Car jusqu’à présent il n’avait pu entamer une démarche pour les revoir n’ayant pas de lieu pour se poser.

Des retrouvailles inespérées

Un dossier de recherche "dans l’intérêt des familles" est lancé en mars dernier. Florence, chef de service de la maison relais et Maurice s’attendent à recevoir un courrier de la préfecture en réponse à la recherche lancée. Mais, voilà un mois, surprise ! Florence, reçoit un coup de téléphone. C’était la fille de Maurice. Ces frères avaient reçu le courrier de la gendarmerie les prévenant de la démarche de leur père et en avait informé leur soeur. Celle-ci était un peu choquée. Et on le comprend, après trente ans. Et elle indique aussi qu’elle ne veut pas recevoir de nouvelles. Et puis, passé le premier choc, la conversation s’engage très simplement. Et Florence propose qu’A. fasse un courrier à son père.

Maurice guette le facteur tous les jours. "Il aurait dormi dans la boite aux lettres s’il avait pu", sourit Florence. Mais la lettre n’arrive pas. En revanche, nouvel appel d’A. qui indique qu’elle ne parvient pas à faire ce courrier, mais surprise, elle annonce qu’elle projette de venir recontrer Maurice ici, à la maison relais, cet été. Elle est même allée sur le site de l’Association pour chercher des informations. Bref, on devine facilement l’émotion de Maurice. Florence a même eu peur que "son coeur ne lâche". Maurice pleure, joint les mains vers le ciel. "Aujourd’hui, je suis très heureux. Je ne sais pas si ça va durer, mais je vais tout faire pour". "J’ai repris confiance dans les autres aussi". après beaucoup d’années de déconvenue. En effet, Maurice, au fur et à mesure de sa présence à la Maison relais a accepté de faire confirance et de se faire confiance, à se donner du temps pour construire et mettre en oeuvre tout ce qui lui tenait et lui tient encore à coeur. Et aujourd’hui il voulait témoigner de sa chance extraordinaire. Florence rajoute : "et sa grande détermination. Il n’a jamais lâché son objectif principal".

Maintenant, il espère et se prépare à mieux parler pour être sûr d’arriver à exprimer ce qu’il ressent.


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