C’est toujours difficile d’accepter la différence même si c’est ce qui fonde l’être humain. Recevoir l’autre, c’est ne pas le percevoir comme une personne « exotique » mais prendre le temps de rentrer en contact avec elle et avec sa culture. C’est le pari de la cité Myriam (93) et la cité Escale Sainte Monique (95).
Ces deux cités, qui reçoivent des familles mono et bi-parentales et des personnes isolées, de tous horizons et origines, en centre d’hébergement et de réinsertion sociale, en centre de stabilisation, en urgence ont décidé de créer un cycle d’animation et de formation sur l’interculturatilité à destination des publics accueillis et des salariés. Séances de cinéma animées par Monsieur Brunet, professeur à l’INALCO—institut national des langues et civilisation orientale, avec des films venant du Sénégal, d’Algérie, de Côte d’Ivoire et sorties culturelles dans différents musées pour découvrir les cultures du Monde sont proposées tout au long de l’année 2010. Des conférences débats jalonnent ce cycle pour apporter des clés de compréhension dans le cadre de l’accompagnement social et notamment quand la souffrance des personnes, des enfants, souvent aggravée par le trauma que constitue la migration, nécessite une prise en charge spécifique.
Une approche ethnopsychiatrique, l’expérience de l’hôpital Avicennes
Le 15 avril dernier, Laetitia Bouche Florin et Katherine Levy, psychologues cliniciennes et co-thérapeutes sont venues exposer le travail du service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent mené avec la population migrante à l’hôpital Avicennes. La consultation transculturelle ou d’ethnopsychiatrie existe depuis 20 ans. Elle est basée sur l’utilisation conjointe de l’anthropologie et de la psychiatrie ou psychanalyse, partant du postulat que la souffrance psychique est universelle mais codée culturellement. Cette consultation propose un cadre thérapeutique spécifique utilisé quand le thérapeute et patient ne partage pas la même culture d’origine ni la même langue. Lorsque les soins psychothérapeutiques ne suffisent pas pour l’enfant ou l’adolescent pour qui a été prescrit ce travail, l’équipe propose d’organiser des séances avec le ou les parents, la famille et plusieurs co-thérapeutes d’origines culturelles très différentes, Chacun apporte un élément de compréhension en fonction de son origine, de ses traditions et de sa culture. Ainsi, « mettre quelqu’un debout » signifie en Afrique centrale « être dans le pétrin », dans notre culture française, cela signifie le contraire ! Cela donne des clés de compréhension sur les comportements, cela permet de restituer à l’enfant sa culture d’origine sans dénier les coutumes locales utilisées pour la guérison du pays d’origine.
Dans le vif du sujet
Certes, le travail social n’est pas dans le registre de la thérapie. Mais, nous pouvons nous appuyer sur les connaissances de la culture des uns et des autres pour un accompagnement plus ciselé. Aussi, les co-thérapeutes ont proposé de réfléchir aux représentations de la migration et du VIH chez les usagers. Les travailleurs sociaux ont relevé que pour les personnes accueillies le parcours de la migration est très violent et éprouvant. Que les parents et particulièrement les mères qui ont laissé leurs autres enfants au pays ont beaucoup de mal à investir celui avec qui elles sont en France. Il y a aussi bien souvent un décalage entre le pays réel et le pays imaginé et une incompréhension entre la famille qui est restée au pays et la famille installée en France.
Bref, une mise en commun des ressentis de chacun, qui permet aussi de se poser la question de notre posture à nous, accueillants. De la nécessité de prendre en compte ce qui nous traverse, ce qui nous agit malgré nous dans cette fonction.
A.Geay avec la complicité de J.L Auger et de Laetitia Bouche Florin et Katherine Levy