« L’encyclique de Benoît XVI revient largement sur le contenu de l’encyclique Populorum Progressio de Paul VI. Le fait de consacrer une large part à l’explicitation de l’encyclique elle-même et de son rapport avec le Concile Vatican II et particulièrement la constitution pastorale Gaudium & Spes, est tout à fait réconfortant car cela montre, pour l’Église, une continuité dans la prise de conscience que les questions de développement sont essentielles. Cette encyclique est optimiste et signe d’espérance.
Prendre en compte la question d’un développement plus durable
Pour le Pape, il y a urgence à prendre en compte la question d’un développement plus durable, moins technique, plus spirituel et au service de l’homme. C’est l’orientation actuelle du Secours Catholique telle qu’elle vient d’être approuvée par sa récente assemblée générale. Mais il est important aussi de prendre en compte les changements qui se sont produits depuis l’encyclique de Paul VI. Ainsi par exemple, le rôle des États est modifié. Aujourd’hui nous connaissons la dérégulation du monde du travail, l’affaiblissement des réseaux de protection sociale, les difficultés pour les organisations syndicales dont le rôle est essentiel pour mieux prendre en compte les situations nouvelles du monde du travail.
C’est parce que ce rôle des États est modifié que le Pape appelle à une « autorité politique mondiale » qui permettrait d’intervenir sur des situations telles que les paradis fiscaux, la régulation financière, les abus spéculatifs. Le plaidoyer du Secours Catholique qui porte notamment sur ces questions, se trouve ainsi conforté.
On y lit la dénonciation des effets délétères sur l’économie réelle d’une finance spéculative, les conséquences d’un développement économique sur l’accroissement d’une misère déshumanisante. Cela est l’occasion d’appeler à une plus grande fraternité entre les hommes et entre les peuples.
Sur la crise elle-même, s’il y a des regrets sur le rôle qu’ont joué quelques grandes entreprises multinationales dans les pays en développement, il faut y ajouter, selon le Secours Catholique, l’influence néfaste des comportements cupides et égoïstes à l’intérieur même du monde financier, qui ont conduit à la crise financière puis à la crise économique et sociale, avec son cortège de misère et d’exclusion qu’il constate tous les jours dans ses accueils.
Dénoncer les causes de la misère et de mettre en avant les moyens de la combattre
A la lecture de l’encyclique, on sent la nécessité de dénoncer les causes de la misère et de mettre en avant les moyens de la combattre. Le Pape invite tout chrétien à vivre la charité « selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la polis, de la cité. C’est là la voie institutionnelle – politique peut-on dire aussi – de la charité qui n’est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain » (§7). L’action institutionnelle du Secours Catholique s’inscrit pleinement dans cette perspective qui vise à permettre à chaque personne d’accéder aux droits qui lui sont destinés.
Nous noterons cependant un point fort et nouveau : le rôle de l’entreprise. Ce rôle a changé : le marché n’est plus garant des équilibres. L’activité économique ne peut tout résoudre par la logique marchande. Il faut donc introduire les principes de gratuité et de don, ce qui conduit le Pape à prôner le développement d’entreprises non tournées vers le profit mais vers des buts mutualistes et sociaux, et plus généralement de retrouver le sens de la coopération, de l’économie solidaire et des fondations. C’est le rôle dévolu aux entreprises associatives membres du réseau « Tissons la solidarité ».
Il indique en particulier combien serait utile que l’entreprise ne soit plus entièrement soumise à celui qui investit en elle, mais plutôt soumise au regard conjoint de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise : employés, usagers, consommateurs, environnement, afin d’éviter les mécanismes de spéculation et de recherche du profit à court terme. En réhabilitant l’entreprenariat « non profit », le Pape prend une attitude qui semble nouvelle dans l’Eglise.
Des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés
Reconnaissant le rôle essentiel des migrants dans leur pays d’accueil, il rappelle, et c’est pour le Secours Catholique une conviction qui chaque jour est mise en œuvre à Calais, dans les centres d’accueil, au sein des cités de l’association des cités du secours catholique, au CEDRE à Paris, dans les Voyages de l’espérance : « tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toutes circonstances » (§62).
Cette encyclique, toute entière tournée vers le développement, dénonce les risques majeurs des changements climatiques, de la raréfaction de l’eau, des conflits intergénérationnels ; elle nous invite avec insistance à modifier nos styles de vie.
Ce texte est ainsi marqué par trois expressions fortes :
Notre monde doit retrouver le sens de la fraternité entre les hommes et entre les peuples.
La charité en vérité est un principe qui prend une forme opératoire par deux critères d’orientation de l’action morale : la justice et le bien commun.
Le développement intégral de l’homme implique une dimension spirituelle au-delà de la croissance d’ordre matériel.
»
François SOULAGE
président national du Secours Catholique
7 juillet 2009
Liens utiles :
Le pape "altermondialiste", L’express.fr
Le pape et le G8, Les Echos.fr
Magistère globalisé, La-croix.com
« Caritas in veritate » : une encyclique théologique, Projet